
En septembre 2018, le typhon Mangkhut a traversé l’ouest du Pacifique avec une violence rare, frappant successivement les Mariannes, les Philippines, Hong Kong, Macao et le sud de la Chine. Par sa puissance, sa trajectoire et l’ampleur de ses dégâts, il reste l’un des épisodes cycloniques majeurs de la décennie en Asie.
Le typhon Mangkhut, appelé Ompong aux Philippines, s’est formé au début du mois de septembre 2018 dans le Pacifique nord-ouest, une région particulièrement active en matière de cyclones tropicaux. Cette zone, située à l’est des Philippines et au sud du Japon, réunit souvent les conditions nécessaires au développement de tempêtes puissantes : eaux très chaudes, forte humidité et vents favorables en altitude.
Selon les agences météorologiques, Mangkhut a rapidement gagné en intensité pour devenir un super-typhon, équivalent à un ouragan de catégorie 5 sur l’échelle de Saffir-Simpson. Ses vents soutenus ont atteint des niveaux extrêmes, avec des rafales dépassant localement les 300 km/h selon certaines estimations. À son pic d’intensité, sa pression atmosphérique centrale est descendue autour de 905 hPa, signe d’un système très creusé et particulièrement dangereux.
Dans l’histoire récente des cyclones, Mangkhut s’inscrit parmi les phénomènes les plus puissants observés dans le bassin pacifique. Il n’a toutefois pas atteint les records absolus associés à l’un des cyclones les plus extrêmes jamais observés, mais il a marqué les esprits par l’étendue des territoires touchés et la densité des zones exposées.
La naissance de Mangkhut résulte d’un processus classique dans les tropiques : une perturbation orageuse s’organise au-dessus d’une mer chaude, puis commence à tourner sous l’effet de la force de Coriolis. Lorsque les vents se renforcent et que la convection s’intensifie près du centre, le système peut devenir une tempête tropicale, puis un typhon. Dans le cas de Mangkhut, ce renforcement a été rapide et spectaculaire.
Plusieurs facteurs ont favorisé cette intensification. La température de surface de la mer était élevée, fournissant une grande quantité d’énergie au système. L’atmosphère contenait beaucoup d’humidité, ce qui alimentait les orages autour de l’œil. Enfin, le cisaillement vertical du vent, c’est-à-dire la variation du vent avec l’altitude, est resté suffisamment faible pour permettre au cyclone de conserver une structure compacte et symétrique.
Ce type d’évolution est redouté par les météorologues, car un cyclone qui s’intensifie rapidement laisse moins de temps aux populations pour se préparer. Dans le cas de Mangkhut, les services d’alerte ont suivi heure par heure un système devenu très large, avec un champ de vents capable d’affecter des régions éloignées de son centre. Cette dimension a joué un rôle important dans les inondations côtières, les glissements de terrain et les dégâts matériels.
Mangkhut a d’abord concerné les îles Mariannes, notamment Guam et les îles voisines, où les vents violents et les fortes pluies ont provoqué des coupures d’électricité et des dégâts aux infrastructures. Le système s’est ensuite dirigé vers l’ouest, en direction du nord de l’île de Luçon, aux Philippines, où il a touché terre le 15 septembre 2018.
La province de Cagayan, dans le nord-est de Luçon, a été l’une des premières frappées. Même si le typhon avait légèrement perdu en intensité au moment de l’impact, il restait extrêmement dangereux. Les vents ont arraché des toitures, endommagé des bâtiments, détruit des cultures et rendu de nombreuses routes impraticables. Les pluies torrentielles ont aggravé la situation dans les zones montagneuses, où le risque de glissements de terrain était particulièrement élevé.
Après avoir traversé le nord des Philippines, Mangkhut a poursuivi sa route au-dessus de la mer de Chine méridionale. Il a ensuite touché le sud de la Chine, notamment la province du Guangdong, tout en affectant fortement Hong Kong et Macao. Dans ces territoires très urbanisés, la combinaison des vents, de la houle cyclonique et des pluies intenses a provoqué d’importantes perturbations.
Les Philippines sont régulièrement frappées par des typhons, mais Mangkhut a été particulièrement destructeur en raison de son passage sur le nord de Luçon, une région agricole et montagneuse. Les dégâts ont concerné les habitations, les écoles, les routes, les réseaux électriques et surtout les terres cultivées. Les cultures de riz et de maïs, proches de la récolte, ont subi des pertes importantes, fragilisant les revenus de milliers de familles.
Le bilan humain a été lourd, avec plus d’une centaine de morts, principalement aux Philippines. L’un des drames les plus marquants s’est produit à Itogon, dans la province de Benguet, où un glissement de terrain a enseveli un abri utilisé par des mineurs et leurs familles. Cet événement a rappelé la vulnérabilité des communautés vivant près de pentes instables, en particulier lorsque des pluies extrêmes saturent les sols.
Les autorités philippines avaient procédé à des évacuations préventives, ce qui a probablement limité le nombre de victimes dans certaines zones côtières. Mais la dispersion des villages, la topographie difficile et la pauvreté de certaines régions compliquent toujours la gestion des risques. Mangkhut a ainsi mis en évidence l’importance des systèmes d’alerte précoce, de l’aménagement du territoire et de la préparation locale.
À Hong Kong, Mangkhut a été l’un des typhons les plus violents des dernières décennies. L’Observatoire de Hong Kong a émis le signal d’alerte maximal, le signal n°10, réservé aux situations les plus dangereuses. Les images diffusées à l’époque montrent des vagues frappant les fronts de mer, des vitres brisées dans certains immeubles, des routes inondées et des milliers d’arbres couchés.
La densité urbaine a accentué les impacts. Même dans une ville dotée d’infrastructures solides et de procédures de crise bien établies, la puissance du typhon a entraîné la fermeture des écoles, la suspension des transports et des perturbations économiques majeures. Les opérations de nettoyage ont duré plusieurs jours, notamment en raison de l’accumulation de débris dans les rues et les espaces publics.
En Chine continentale, les autorités ont organisé de vastes évacuations avant l’arrivée du système, notamment dans le Guangdong. Des ports ont été fermés, des bateaux rappelés à terre et des vols annulés. Ces mesures ont contribué à réduire le bilan humain, mais les pertes économiques sont restées considérables. Les dommages cumulés dans l’ensemble des territoires touchés se chiffrent en plusieurs milliards de dollars.
Le bilan global de Mangkhut varie selon les sources, mais il dépasse généralement les 130 décès, avec la majorité des victimes aux Philippines. Au-delà des morts et des blessés, le typhon a déplacé de nombreuses personnes, détruit des logements et perturbé l’accès à l’eau, à l’électricité et aux soins. Comme souvent après une catastrophe naturelle, les conséquences les plus durables ont touché les populations déjà vulnérables.
Sur le plan économique, les pertes ont concerné plusieurs secteurs. L’agriculture philippine a subi un choc sévère, tandis que les centres financiers et commerciaux de Hong Kong, Macao et du sud de la Chine ont connu des arrêts d’activité. Les assurances, les collectivités et les entreprises ont dû absorber des coûts élevés liés à la reconstruction, à la remise en état des réseaux et à la réparation des bâtiments.
Les conséquences environnementales ont également été notables. Les pluies extrêmes ont favorisé l’érosion des sols, la contamination de certaines eaux et la destruction de zones végétalisées. Dans les régions montagneuses, les glissements de terrain ont modifié des versants entiers. Ce type d’impact rappelle que les typhons ne sont pas seulement des phénomènes météorologiques : ils interagissent avec l’urbanisation, la déforestation et les choix d’aménagement.
Mangkhut illustre la nécessité de comprendre les risques cycloniques dans leur globalité. La force du vent est un indicateur important, mais elle ne suffit pas à mesurer le danger. Les pluies, la marée de tempête, la taille du système, la vitesse de déplacement et la vulnérabilité des territoires jouent un rôle tout aussi déterminant. Un typhon très large peut provoquer des dégâts loin de son œil, même dans des zones qui ne subissent pas les vents les plus extrêmes.
Le cas de Mangkhut rappelle aussi que les Philippines se trouvent sur l’une des routes cycloniques les plus actives du monde. Le pays avait déjà été profondément marqué par la catastrophe de 2013 aux Philippines, qui avait entraîné une prise de conscience internationale sur la préparation aux typhons et la gestion des évacuations.
Dans un contexte de réchauffement climatique, les scientifiques restent prudents sur l’évolution exacte du nombre de cyclones tropicaux. En revanche, plusieurs études indiquent que les cyclones les plus intenses pourraient devenir plus destructeurs, notamment parce qu’une atmosphère plus chaude retient davantage d’humidité. Cela peut favoriser des épisodes de pluies extrêmes et renforcer les risques d’inondation.
Six ans après son passage, le typhon Mangkhut demeure un cas d’étude pour les météorologues, les urbanistes et les responsables de la sécurité civile. Son histoire montre que la prévention ne repose pas uniquement sur la qualité des prévisions, mais aussi sur la capacité des autorités et des habitants à agir rapidement. Les évacuations, la protection des bâtiments, l’entretien des réseaux d’évacuation des eaux et l’éducation aux risques sont des leviers essentiels.
La mémoire de Mangkhut est également importante pour les populations touchées. Elle rappelle la fragilité de certains territoires face aux catastrophes naturelles, mais aussi l’efficacité possible des mesures anticipées. Lorsqu’un typhon approche, suivre les consignes officielles, éviter les déplacements inutiles et se tenir informé peut sauver des vies. Le principal enseignement reste clair : face à un typhon majeur, la préparation fait souvent la différence entre une crise maîtrisée et une catastrophe aggravée.